No es facil !

janvier 21, 2009

Dans chaque maison ou presque, brillent les guirlandes électriques d’inattendus sapins artificiels. Mais Noël est resté un jour presque comme les autres à Cuba. Interdite de longues années sous la période marxiste-léniniste du régime castriste, concurrencée aujourd’hui par l’évangélisme, la religion catholique est vestige. Bien vivace en revanche, le culte de la Santería – ces croyances spiritualistes qui mêlent dans une même dévotion les dieux emmenés d’Afrique par les anciens esclaves et le saints chrétiens introduits par la colonisation – compte de nombreux fidèles. Les initiés se reconnaissent facilement, tout entiers vêtus de blanc, tandis que les adeptes se distinguent par leurs bracelets et colliers de perles colorés.

 

Le 31 décembre est une fête familiale. On invite cousins, neveux et nièces, enfants et petits-enfants à se régaler d’un cochon rôti. Les familles les plus chanceuses voient le retour d’un fils ou d’une fille partis travailler à l’étranger. Le rhum coule bien sûr à flots et la musique envahit la rue jusqu’au petit matin.

Rien de comparable le lendemain, pourtant jour du 50ème anniversaire de la Révolution qui mit un terme à la dictature de Batista et à la mainmise des Américains sur l’île. A Santiago, capitale historique, on murmurait que Hugo Chavez et Evo Morales feraient le déplacement. Et pour ce jour exceptionnel, on prédisait même sans trop y croire, une apparition de Fidel. Rien de tout cela finalement. En lieu et place d’une fête populaire tonitruante, c’est une médiocre cérémonie qui se déroule à huis clos le soir du 1er janvier 2009.

Le centre-ville de Santiago a été bouclé par une armée de policiers et de volontaires refusant l’accès à la Place Cespedes à tous ceux qui ne sont pas munis du précieux  laissez-passer. Des centaines d’Argentins venus célébrer la révolution victorieuse du Che errent, dépités, dans des rues désertes. C’est à la télévision que les habitants de Santiago regardent d’un œil indifférent l’acto político qui se déroule pourtant à quelques mètres de chez eux, pour une poignée d’invités.

La commémoration du Triunfo de la Revolución est bien peu flamboyante. Le discours de Raúl dure à peine plus d’une heure (son frère n’aurait pas lâché la tribune avant le triple) et aligne paroles convenues sur la gloire des Révolutionnaires, et les classiques accusations contre l’impérialisme nord-américain, responsable des maux dont souffre encore le peuple cubain. Mais celui-ci ne cédera pas, prévient l’intransigeant militaire au pouvoir. Car de la Révolution, orgueil de la patrie libérée depuis cinquante ans, l’on n’en démordra pas. Hasta siempre, assène-t-il encore. Même au prix des pires difficultés, celles d’aujourd’hui et celles de demain, déjà annoncées par un Raúl tout en perspicacité, qui exhorte déjà le peuple à de nouveaux sacrifices.

 

  

 

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Cuba semble condamnée par ses dirigeants à la sclérose. Sous le joug du règne castriste, l’île s’est peu à peu enfoncée dans l’immobilisme, figée dans la célébration des acquis, depuis longtemps oubliés par le peuple, de la Révolution : l’accès gratuit à la santé et l’éducation pour tous. C’est que depuis la chute du mur de Berlin, le pays est sorti d’une ère de relative prospérité pour entrer dans le quotidien exsangue du periodo especial engagé par Fidel.

 La perfusion vénézuélienne placée par Hugo Chavez au chevet de l’île, supplée mal l’aide massive auparavant apportée par les Soviétiques. Toutes les infrastructures sont vieillissantes, sinon obsolètes. Les routes sont mal entretenues, le parc automobile, comme le réseau ferré, à bout de force. Les logements, insuffisants en nombre, sont précaires, pour ne pas dire au bord de l’effondrement. L’île accuse également un retard monumental sur le plan de l’informatisation, marginale, et des télécommunications (téléphonie mobile, Internet), quasi inexistantes. Et les biens élémentaires de consommation, importés de Chine, pays frère rescapé, sont de piètre qualité.

 

 

 

El bloqueo renforce la pénurie qui sévit à Cuba. Parmi d’autres mesures iniques, l’embargo yanki interdit aux sociétés américaines tout échange commercial avec l’île, distante d’à peine quelques dizaines de miles de la Floride. Devant les tristes magasins d’état et les marchés, les files d’attente s’allongent. Les cyclones dévastateurs ne viennent rien arranger à la maigre productivité des cultures locales. L’arrivage de quelques cageots de produits frais est une aubaine qui ne se rate pas. Rester à l’affût, à chaque instant, et pour le reste, se débrouiller : resolver

 

Pero, no es facil… Le salaire moyen mensuel est ici de 300 pesos, l’équivalent d’à peu près 10 euros. Un médecin gagnera à peine le double. De toute façon, la moneda nacional ne permet pas d’acheter grand chose : pour se procurer vêtements, savon ou un simple interrupteur, ce sont des CUC qu’il faut, l’autre monnaie cubaine, convertible celle-ci, qui circule sur l’île. Alors on change ses pesos dans les cadecas : le taux y est fixé par l’Etat, 24 pesos pour 1 CUC, à peine de quoi acheter un litre de lait…

Découragés par leurs salaires dérisoires, les Cubains tentent, par tous les moyens, de se rapprocher des touristes qui, eux, paient en CUC. Nombre de chauffeurs de taxi se révèlent chirurgiens ou anesthésistes. Des ingénieurs ou des professeurs d’université renoncent à leur métier pour se faire hôtes de casa particular. Une fois de plus, tout n’est pas simple. Obtenir une licence pour exercer ces professions privilégiées relève de la gageure : todo esta congelado ! Mais quand par chance (ou fidélité), on la tient, c’est l’angoisse de ne pas réussir à payer les exorbitantes taxes exigées par l’Etat en retour, qui taraude.   

Dès lors, la tentation est grande de contourner les voies officielles. Les trottoirs sont peuplés de jineteros qui se chargent, contre commission, de rabattre les touristes pour le compte de restaurants ou de chambres d’hôte. La prostitution fait des ravages : on vend son corps dès le plus jeune âge pour quelques CUC. Le marché noir, alimenté par la fauche, pullule. On change les itinéraires de bus pour raccourcir les trajets et siphonner quelques litres d’essence. On soustrait deux ou trois boîtes de cigares à la production mensuelle des fabriques. On pique dans les réserves des restaurants d’hôtels, jusqu’aux mini-tablettes de beurre. Et comme par chance, la mer est poissonneuse, on pêche clandestinement langoustes et crevettes pour les revendre, comme le reste, sous le manteau.

Acculé à la débrouille, c’est tout le peuple cubain qui s’est mis à trafiquer. En toute discrétion, car les amendes sont lourdes, les peines de prison fréquentes pour ces petits commerces illicites, dont les maigres bénéfices échappent aux caisses de l’Etat. Il faut donc s’obliger à un double discours et veiller aussi à ne pas trop s’enrichir : l’ostentation est fatale. Le réseau de renseignement des autorités est redoutable d’efficacité. Au cœur de chaque quartier sont installés des CDR (Comités de Défense de la Révolution). De sinistre réputation, ils veillent au juste comportement révolutionnaire des habitants. La peur de la délation et des condamnations expéditives qui s’en suivent règne, aujourd’hui comme hier. Car Raúl ne s’éloigne pas des traces laissées par son frère : « le même chien avec un autre collier ». L’expression est populaire : l’humour ne manque pas à Cuba…

 

 

Mais le dégoût l’emporte souvent. En particulier dans la jeunesse, qui pour croire encore aux préceptes moribonds de la Révolution ne peut s’appuyer sur les souvenirs enthousiastes des luttes insurrectionnelles et des premières années pleines d’espoir de construction du socialisme. Il ne reste que l’espoir vissé au ventre de réussir à quitter un jour l’île chérie, devenue triste prison à la dérive.

 

Gardez vos rêves !

 

—-

Depuis un mois, peu d’informations nous parviennent de l’extérieur de l’île : les médias cubains sont peu diserts et l’accès à l’Internet est contrôlé. Mais les échos des bombardements de l’armée israélienne font trembler le sol jusqu’ici. Et frémir. Dans un cri de colère, nous disons notre solidarité avec le peuple palestinien !

3 réponses à “No es facil !”

  1. ANDRE Gisèle a dit

    Super ce 2ème reportage je revois ce que j ai vu dejà délabré il y a quatre ans mais viva los latinos son alegres, muy familiares. J’aime bravo les petits; on vous suit d’îles en îles… Gi

  2. mary a dit

    Félicitations pour vos superbes photos et commentaires. C’est magnifique.Je vous embrasse

  3. Eloïse a dit

    Il est génial votre blog les textes sont magnifiques et les photos de même. Vivez votre experience a fond c’est vraiment super je suis si contente pour vous ça à l air si different et ça donne envie d’aller voir comment ça se passe (j aurais aimé etre une petite souris glissé dans votre vlise ) je vous embrasse et continuez bien
    Elo

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